(Raphaël Pesenti) Mardi 3 février 2026, le parquet a requis contre Marine Le Pen, quatre ans de prison, dont un an ferme et cinq ans d’inéligibilité dans l’affaire des assistants parlementaires du FN. Une sentence qui enveloppe la présidentielle 2027 d’une nouvelle couche de mystère.
Pendant près de six heures de réquisitoire, sans concessions, le ministère public a méthodiquement démonté la défense de Marine Le Pen. Pour la leader du Rassemblement National, la stratégie de délégitimisation de la justice n’a, pour l’instant, pas suffit à prendre le dessus sur les accusations de détournement de fonds publics qui pèsent sur son parti. Au cœur du dossier : un système de contrats fictifs où des enveloppes européennes auraient financé, entre 2004 et 2016, des salariés dévoués exclusivement à la gestion interne du Front national (FN). Cette affaire avait déjà conduit Le Pen à une condamnation en première instance, le 31 mars 2025, à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate, et quatre ans de prison dont deux ans fermes.
Mardi, devant la cour d’appel de Paris, Thierry Ramonatxo et Stéphane Madoz-Blanchet, avocats généraux, ont requis contre Marine Le Pen une peine de quatre ans de prison, dont un an ferme (aménageable), ainsi qu’une amende de 100 000 euros. Mais c’est surtout le volet politique qui a retenu l’attention, le parquet ayant demandé la confirmation de la peine de cinq ans d’inéligibilité à laquelle elle avait été condamnée lors du 1er jugement.
Cependant, contrairement à la décision de 2025, les magistrats n’ont cette fois pas sollicité l’exécution provisoire. Un détail technique crucial, car si la cour suit ces réquisitions lors de son délibéré attendu pour l’été 2026, la sanction ne s’appliquera pas immédiatement, laissant à la députée le temps d’épuiser ses recours.
Un avenir incertain
Si la menace d’une exclusion de la vie politique plane toujours, Marine Le Pen espère maintenant jouer la montre. En l’absence d’exécution provisoire, la formation d’un pourvoi en cassation après l’arrêt de la cour d’appel retarderait l’application de la peine. Le Pen pourrait donc techniquement déposer sa candidature pour l’élection présidentielle de 2027, même en cas de condamnation à l’été 2026.
Cependant, cette hypothèse comporte un risque majeur : celui d’une décision définitive de la Cour de cassation qui interviendrait juste avant le scrutin. La plus haute instance judiciaire française a en effet déjà indiqué qu’en cas de pourvoi, elle s’efforcerait de rendre sa décision au plus tard en janvier 2027. Si la Cour de cassation rejetait le pourvoi à cette date, la peine d’inéligibilité deviendrait alors définitive et exécutoire immédiatement, rendant toute candidature impossible à seulement trois mois du premier tour.
Pour maintenir ses chances, Marine Le Pen peut encore miser sur deux leviers : obtenir une réduction de peine par la cour d’appel, ou réussir à gagner le soutien de l’opinion publique. Mais caché derrière sa leader, le parti doit lui aussi encaisser une amende de deux millions d’euros qui fragilise ses finances à seulement un an de l’élection présidentielle. Pour Marine Le Pen, le scénario de la conquête du pouvoir vient donc se heurter de plein fouet à la réalité des prétoires ; laissant l’élection future privée de l’une de ses favoris, et les électeurs du RN, dans l’attente d’un hypothétique coup de théâtre.
Crédits photo: Heute.at/ CC-BY-4.0


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