(Raphaël Pesenti) L’explosion de l’école juive Cheider à Amsterdam, dans la nuit du 14 mars 2026, marque une nouvelle étape dans la montée des violences antisémites en Europe. Si l’attentat n’a fait aucune victime, il s’inscrit dans une vaste série d’attaques similaires qui ont touchés le Benelux au cours de cette semaine. Un climat de tension où même les plus jeunes sont désormais menacés par la haine.
Dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 mars, une déflagration a brisé le calme du quartier Buitenveldert, à Amsterdam. Un engin explosif, placé contre la façade, a provoqué des dégâts matériels, mais heureusement aucune victime, le bâtiment étant vide à cette heure avancée de la nuit.
« Une école doit être un lieu où les enfants peuvent suivre leurs cours en toute sécurité » a martelé la maire d’Amsterdam Femke Halsema, dénonçant un acte « lâche et méprisable » et le fait que les juifs d’Amsterdam soient « de plus en plus souvent confrontés à l’antisémitisme ».
Cette attaque s’inscrit dans une série noire pour le Benelux. En effet, l’explosion de l’école Cheider est le troisième incident majeur visant la communauté juive de la région en moins d’une semaine. Quelques jours plus tôt les 9 et 13 mars, des explosions similaires avaient visé les synagogues de Liège et Rotterdam. Un mode opératoire qui laisse craindre une coordination, et une série d’attaques qui survient dans le contexte du conflit au Moyen-Orient où Israël compte parmi les principaux acteurs.
L’engrenage de la haine
Si cette montée de la violence connaît une escalade récente de plus en plus inquiétante, le phénomène général est lui, bien plus ancien. En 2019, le président français Emmanuel Macron dénonçait déjà une situation inédite depuis la Seconde Guerre mondiale,
« La situation s’est encore aggravée ces dernières semaines, notre pays, comme d’ailleurs l’ensemble de l’Europe et la quasi-totalité des démocraties occidentales, est confrontée à une résurgence de l’antisémitisme sans doute inédite depuis la Seconde Guerre mondiale », avait déclaré le chef de l’Etat devant le Conseil représentatif des institutions juives de France, après s’être rendu à Quatzenheim, dans l’est de la France, où une centaine de tombes du cimetière juif avaient été recouvertes de croix gammées.
Un phénomène accentué par les réseaux sociaux, et qui a connu une augmentation dramatique suite à l’attaque du Hamas contre Israël du 7 octobre 2023.
Durant les mois qui suivent ces attaques, les violences antisémites en France se multiplient : en cinq semaines (du 7 octobre au 16 novembre 2023), plus de 1500 actes antisémites sont comptabilisés en France, selon le service de renseignement territorial du ministère de l’intérieur. Sur toute l’année 2022, 436 avaient été recensées.
Une accélération qui ne se limite pas aux insultes ou aux menaces sur les réseaux sociaux et qui se traduit par une hausse des atteintes physiques et des dégradations de lieux communautaires, désormais lourdement protégés.
« Plus jamais ça »
Cette attaque à l’explosif survient alors que les sociétés européennes n’ont jamais autant investi dans le travail de mémoire. En effet, le choix d’Amsterdam est symboliquement très lourd : la ville habite la maison d’Anne Frank, lieu très important pour la mémoire de la Shoah. Ce contraste entre le souvenir et la haine marque une rupture, les enseignements se dissipent et les lieux d’éducation indispensables redeviennent des cibles.
Face à cette menace, la réponse est devenue massivement policière. D’après le ministère de l’intérieur, en France, dès le 7 octobre 2023, le gouvernement a déployé des moyens de protection impressionnants sur plus de 900 sites sensibles israélites (écoles, synagogues). Ce dispositif s’appuyait sur les forces de l’ordre mais aussi sur la mission Sentinelle, qui a mobilisé jusqu’à 7 000 militaires en simultané pour sécuriser ces lieux.
L’investissement financier suit cette trajectoire d’urgence. En novembre 2023, la région d’Ile-de-France a débloqué un million d’euros pour sécuriser les sites sensibles ( commerces, lieux de cultes, établissements scolaires…) en installant caméras, vitrages renforcés et portiques de sécurité. Un déploiement permanent et un constat frappant : alors que l’Histoire nous a enseigné le coût démesuré de la haine, la protection physique d’une minorité est redevenue une nécessité en Europe.


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