(Raphaël Pesenti) À Castres, le Rassemblement national a remporté dimanche soir les élections municipales de 2026. La ville natale de Jean Jaurès sera désormais dirigée par Florian Azéma pour les six prochaines années. Un basculement dans cette commune historiquement ancrée à gauche.

Au second tour, la liste « POUR L’AVENIR DE CASTRES » menée par Florian Azéma (Rassemblement national) est arrivée en tête avec 29,85 % des voix, soit 5 324 suffrages. Elle devance celle du centriste Guillaume Arcèse et ses 23,29 %, ainsi que la liste divers droite d’Arnaud Bousquet, créditée de 22,26 % des voix.

Le RN obtient donc 28 sièges sur 43 au Conseil municipal, laissant 10 sièges à ses deux principaux rivaux, et seulement 3 sièges à la liste d’union de gauche conduite par Sahel Beriouni-Poitevineau. Au sein de la commune, la participation au second tour des élections municipales atteint 59,60 % selon le ministère de l’Intérieur, des chiffres bien supérieurs à ceux redoutés après une campagne marquée par les divisions entre listes rivales. Azéma s’impose donc avec une avance solide de 1170 voix sur son plus proche adversaire, dans un scrutin à cinq candidats qui a dispersé les votes de la droite.

Une opposition divisée

Si la victoire du RN s’explique d’abord par la fragmentation de l’offre politique, elle s’inscrit aussi dans un contexte local d’usure des formations traditionnelles. La liste sortante de droite, longtemps incarnée par Pascal Bugis, ne présentait pas de nouveau candidat pour les élections 2026, laissant le champ libre à plusieurs candidatures de centre et de droite qui ont dû se partager le soutien des électeurs.

« C’est le fruit de la division de ma défunte majorité », regrettait le maire sortant, au micro de La Dépêche lundi 23 mars.

La gauche, reste présente au second tour, mais arrive très loin derrière, incapable de rassembler un électorat qui s’est tourné vers le vote protestataire ou l’abstention.

Dans ce paysage morcelé, le RN a capitalisé sur son implantation progressive à Castres, dans le sillage de la montée du parti au niveau national, mais surtout dans plusieurs villes du sud-ouest comme Moissac ou Montauban. Les thématiques reprises par le RN durant l’ensemble de la campagne, comme la sécurité, ont trouvé un écho particulier dans certains quartiers où le sentiment de déclassement social est fort.

Un basculement politique total

Le basculement en faveur du RN résonne d’autant plus fortement que la ville est un bastion de la gauche, symbolisé par la figure de Jean Jaurès, né à Castres en 1859. Pendant des décennies, la mémoire de Jaurès a nourri un imaginaire politique fait de combats sociaux, de luttes ouvrières et syndicales, et d’une culture républicaine ancrée dans les quartiers populaires.

Même après 25 ans de gestion par la droite de Pascal Bugis (maire de 2001 à 2026), cette identité de « terre de gauche » a continué à structurer les représentations locales et à garder un poids politique très important. La conquête de la ville par le Rassemblement National intervient donc au terme d’un long cycle de domination de la droite, dans une commune longtemps perçue comme l’un des berceaux historiques de la gauche française. Florian

Azéma profite d’un mode de scrutin majoritaire qui récompense la liste arrivée en tête, malgré la dispersion des électeurs entre plusieurs listes de droite et du centre. Mais peu importe le contexte, le RN l’emporte, même avec le soutien de seulement 17 % des électeurs inscrits.

Une conquête locale, mais pas seulement

À Castres, la prise de la mairie par le RN dépasse le seul enjeu local. Sur l’ensemble du pays, le parti de Jordan Bardella remporte 36 mairies au second tour, en plus de 18 acquises dès le premier tour. Les haut-responsables du parti y voient la confirmation que des villes où la gauche disposait autrefois de solides relais militants et électoraux peuvent désormais basculer, dès lors que les formations traditionnelles apparaissent divisées ou en perte de vitesse.

« Les succès de ce soir ne sont pas un aboutissement, mais un commencement pour la France » a clamé le président du Rassemblement National au micro de TF1.

Pour la gauche, cette défaite, encaissée malgré une liste d’union, interroge sur sa capacité à parler aux électeurs, dans un contexte où la concurrence avec l’extrême droite se joue sur le terrain de la proximité. Le RN affiche alors l’ambition de transformer la dynamique nationale en véritable ancrage local à même de conduire le parti au pouvoir lors des prochaines échéances en 2027. Le basculement de cette ville historiquement marquée à gauche sera désormais un symbole fort qui pèsera lors des prochaines campagnes législatives et présidentielle, bien au-delà des limites du Tarn.

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