(Raphaël Pesenti) Alors que Bruxelles pensait avoir enfin écrasé les protestations, le Parlement européen de Strasbourg a frappé un grand coup ce mercredi 21 janvier. En saisissant la Cour de justice de l’Union européenne, les eurodéputés offrent un répit inespéré aux agriculteurs et plongent le traité de libre-échange dans un nouveau coma juridique.

On pensait le dossier bouclé, ficelé et prêt à être expédié entre deux cargaisons de bœuf argentin et de voitures allemandes. Mais c’était sans compter sur la dernière carte du Parlement européen. L’accord, signé samedi 17 janvier au Paraguay était pourtant prêt à entrer en vigueur à titre provisoire, sans attendre le passage entre les mains des eurodéputés. Mais le Parlement européen a finalement voté la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne (334 voix pour – 324 voix contre) pour vérifier la conformité de l’accord avec les lois de l’UE, provoquant les cris de joie de centaines d’agriculteurs ayant passé la nuit devant le Parlement.

En votant cette saisine, le Parlement de Strasbourg ne se contente pas de poser une question juridique : il tire le frein à main. Cette manœuvre, immédiatement saluée par l’Élysée, va permettre de geler le processus de ratification pour dix-huit mois.

Ce retournement de situation qui apaise la colère des paysans, est un véritable miracle pour le gouvernement français, qui voit s’évaporer la menace d’un blocage général en essuyant discrètement une énorme goutte de sueur.

Victoire ou sursis ?

À Paris, on se félicite d’un vote « en cohérence avec la position française ». « La France assume de dire non quand il le faut, et souvent, l’histoire lui donne raison », a déclaré Jean-Noël Barrot, ministre des affaires étrangères dans un message posté sur X.

Mais ne nous y trompons pas : si la France gagne une bataille aujourd’hui, c’est parce que la décision est maintenant entre les mains des juges du Luxembourg. Pendant que la Commission européenne fulmine face à ce contre-temps, les détracteurs de l’accord peuvent souffler.

Si les agriculteurs remportent ici une victoire importante après des années de lutte contre l’accord, le délai accordé n’est qu’un sursis technique. Si la Cour valide le texte, la bataille reprendra de plus belle. En attendant, les partisans du libre-échange doivent patienter et les agriculteurs peuvent se réjouir. Si la guerre s’est jouée entre parlementaires, c’est bien leur colère qui a fini par dicter sa loi à Bruxelles.

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