Le 9 janvier 2026, l’Union européenne a fini par dire oui au traité avec le Mercosur, laissant la France isolée dans son opposition. Derrière les sourires de façade et les promesses de compensation, c’est une véritable machine à broyer l’agriculture française qui vient d’être mise en marche. Entre quotas et normes écologiques, l’Union européenne vient de signer le sacrifice de nos campagnes au profit de la mondialisation.
Le feuilleton aura duré plus de vingt-cinq ans pour s’achever dans la colère et la trahison. Ce vendredi 9 janvier, malgré l’opposition de cinq pays dont la France, la Commission européenne a validé l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur (Brésil, Bolivie, Argentine, Uruguay et Paraguay). Emmanuel Macron, qui a tenté une volte-face diplomatique de dernière minute pour calmer les foules, a fini par céder face à une pression syndicale devenue incontrôlable. Mais il se retrouve aujourd’hui devant le fait accompli, l’Europe ayant avancé sans se préoccuper de l’accord de la France. Pour les paysans français, le verdict est sans appel : on les sacrifie sur l’autel du libre-échange. Une rupture brutale pour une Union Européenne qui prône une transition écologique de façade tout en la piétinant à l’abri des regards.
Des quotas vertigineux
Pour comprendre pourquoi nos agriculteurs ont tant lutté contre ce traité, il suffit de regarder les chiffres. L’accord ouvre la porte à des volumes de denrées qui vont saturer un marché européen, déjà fragile. On parle de l’importation annuelle de dizaines voir centaines de milliers de tonnes de produits alimentaires (viande bovine, volaille, sucre…) soumis à des droits de douane extrêmement réduits.
Le problème pour les producteurs français est une fois encore le coût. Produire un kilo de bœuf au Brésil coûte bien moins cher qu’en France, car là-bas, l’espace est immense, la main-d’œuvre bon marché et les normes environnementales bien moins contraignantes voire parfois inexistantes. En injectant ces stocks à faibles droits de douane, Bruxelles condamne nos éleveurs à s’aligner sur des prix internationaux intenables. Pour un éleveur moyen, cela représente une perte de revenu importante, et pour beaucoup, la frontière entre leur situation actuelle compliquée et l’obligation d’abandonner leur activité.
Cette braderie agricole n’a qu’un but : obtenir en échange l’effondrement des taxes douanières sur les voitures européennes. On sacrifie notre propre production pour permettre aux constructeurs automobiles d’inonder le marché sud-américain de berlines et de SUV produits à la chaîne.
« Le Mercosur, c’est mettre toujours plus de compétitivité, c’est mettre les paysans du monde entier en compétition, c’est ça qui fait tirer les prix vers le bas. », rappelait Thomas Gibert, porte-parole national de la Confédération paysanne en conférence de presse.
On assiste à une délocalisation qui ne dit pas son nom : on ne délocalise pas notre activité agricole, on importe directement le produit fini à bas coût, et peu importe si nos agriculteurs en payent le prix.

Manifestation du 24 Novembre 2025, Confédération paysanne devant le Parlement Européen. Crédit photo : Vivien Conraux
Green Deal : le grand bal des hypocrites
Le plus rageant pour nos producteurs reste l’absence totale de réciprocité. D’un côté, l’UE impose à nos agriculteurs le « Green Deal », la réduction des produits phytosanitaires et des normes de bien-être animal toujours plus strictes. De l’autre, elle signe des accords avec des pays qui utilisent massivement des substances interdites sur notre sol depuis des décennies.
Le Brésil utilise encore de nombreux pesticides proscrits en Europe pour leur dangerosité environnementale et sanitaire, et les mesures miroirs proposées par Bruxelles ne trompent personne. Difficile de croire que des milliers d’exploitations à l’autre bout de l’Atlantique seront contrôlées quand on constate en premier lieu, la faible quantité de produits importés réellement testés à leur arrivée en Europe.
Une fois de plus, l’UE fait deux poids deux mesures. Importer du bœuf dopé aux hormones de croissance, et dont la nourriture émane de champs cultivés sur les cendres de l’Amazonie ; tout en interdisant ces pratiques sur notre sol. Ce double discours permanent menace la santé des consommateurs et risque de précipiter la disparition de nos exploitations locales.
En acceptant ces produits, l’UE renforce un modèle d’agriculture intensive et prédatrice qu’elle prétend pourtant combattre sur son propre territoire.
L’opposition de la dernière chance
Face à la crise, l’attitude du président français interroge. Après s’être montré favorable à la signature du traité, Emmanuel Macron a brusquement retourné sa veste en ce début d’année 2026, cédant sous la colère des agriculteurs. Mais ce sursaut semble être arrivé trop tard. En scindant l’accord en deux textes distincts, la Commission européenne a habilement contourné l’obligation d’unanimité. Cette astuce juridique a donc permis de valider le volet commercial du traité en se passant de l’accord de plusieurs pays.
Résultat : la France a voté contre, mais elle a perdu. L’Italie, un temps alliée de Paris, a fini par lâcher prise après avoir obtenu quelques concessions mineures. Cette tentative désespérée de l’Élysée ressemble à s’y méprendre à une opération de communication interne pour calmer les syndicats, alors que la messe était déjà dite dans les bureaux de Bruxelles. C’est donc probablement la fin d’un modèle agricole qui se profile, devenu victime collatérale des ambitions commerciales de l’UE. Si le traité doit encore passer entre les mains des eurodéputés, il peut déjà être appliqué à titre provisoire.
Du côté des agriculteurs, on croise les doigts, en espérant que machine arrière puisse être faite et que le bon sens finira par l’emporter, tout en contemplant l’Europe organiser sa dépendance alimentaire de demain.
Raphaël PESENTI


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