(Vivien Conraux, Raphaël Pesenti) Depuis le 28 février 2026, date du début des affrontements entre l’Iran et les Etats-Unis, le prix du pétrole ne cesse de grimper. Une escalade qui a rapidement entraîné une hausse colossale du coût du carburant qui pèse lourd sur les foyers français. Mais cette envolée brutale n’est pas une première : à travers l’histoire, les conflits géopolitiques dans la région ont souvent fait du commerce pétrolier, une victime collatérale.
Le 28 février, les premières frappes israélo-américaines sur l’Iran ont marqué l’entrée dans une nouvelle phase de turbulences pour le commerce international. Depuis cette date, les marchés pétroliers sont en état de choc : le baril de Brent a augmenté de plus de 13 %, dépassant la barre des 80 dollars en quelques jours seulement. Une flambée des prix directement liée au blocage du détroit d’Ormuz, véritable artère stratégique du commerce mondial par lequel transite 20 % du pétrole brut de la planète. En France, les répercussions ne se sont pas fait attendre, avec une hausse immédiate de plusieurs centimes à la pompe plongeant les automobilistes dans l’incertitude.
Mais ce scénario de crise n’est pas inédit, et s’inscrit en réalité dans une longue tradition de chocs énergétiques dont les précédents historiques éclairent notre situation actuelle.
Canal de Suez : quand le passage se referme
L’actuelle nervosité autour du détroit d’Ormuz rappelle la crise du canal du Suez en 1956, premier grand séisme énergétique du 20e siècle. À l’époque, la nationalisation du canal par l’Egypte provoque une intervention militaire immédiate de la France, la Grande-Bretagne et d’Israël. Des navires sont alors volontairement coulés par l’Egypte sur le détroit pour obstruer le passage. En quelques jours, l’artère vitale par laquelle transitait une grande partie du pétrole mondial, est totalement paralysée. Les flux sont interrompus et les navires contraints de contourner l’Afrique par le Cap de Bonne-Espérance, allongeant les trajets de plusieurs milliers de kilomètres et faisant exploser les coûts de transport ainsi que les délais d’approvisionnement.
Cette crise historique partage un point essentiel avec celle qui touche le Moyen-Orient actuellement, le syndrome de l’entonnoir. Peu importe la capacité de production mondiale, si le passage physique, où tout le trafic se resserre, est menacé, le marché bascule instantanément dans la panique.
En 1956, les rationnements de carburant s’imposent en Europe, non par manque de pétrole dans les puits, mais par l’impossibilité technique de l’acheminer. Aujourd’hui, avec les tensions en Iran, nous retrouvons cette même vulnérabilité.
Le prix à la pompe n’obéit plus seulement aux mouvements financiers, mais à la peur de voir une route maritime majeure se refermer brutalement. Une fois encore, la géographie demeure l’arme la plus redoutable pour paralyser l’économie en un temps record.
Guerre israélo-arabe : le pétrole en victime collatérale
En octobre 1973, la Guerre du Kippour déclenche une crise économique mondiale majeure, le premier choc pétrolier. En réaction au soutien apporté à Israël par les États-Unis et les Pays-Bas, plusieurs pays arabes producteurs de pétrole réunis au sein de l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP : Arabie Saoudite, Koweït, Irak, Libye, Algérie et Émirats arabes unis…) décident d’utiliser le pétrole comme une véritable arme économique. Ils réduisent leur production et imposent un embargo visant les pays soutenant Israël. En quelques mois, le prix du baril de brut est multiplié par quatre, passant d’environ 2,32 dollars en octobre 1973 à 11,65 dollars en janvier 1974. En France, le prix du litre d’essence augmente lui aussi brutalement, passant de 0,60 à 1,40 franc. Cette flambée des prix met fin à la période de prospérité des Trente Glorieuses et révèle la dépendance énergétique de l’Occident.
Cinq décennies plus tard, ces enjeux restent d’actualité : les décisions de l’OPEP, continuent d’influencer directement le prix du baril et celui du carburant dans les stations-services européennes, notamment dans un contexte international marqué par les tensions et les conflits.
Mais si la crise provoquée par la guerre du Kippour, s’atténue progressivement vers 1976, un nouveau choc pétrolier surviendra en 1979.
1979 : Le Moyen-Orient face à l’instabilité iranienne
Le deuxième choc pétrolier survient à la fin des années 70, suite à la Révolution iranienne de 1979. En Iran, le régime du Shah, Mohammad Reza Pahlavi est fragilisé par une vague de contestation. Face à l’ampleur de la crise, le Shah fuit le pays en janvier 1979, provoquant un bouleversement politique majeur et une chute de la production pétrolière iranienne. Cette diminution de l’offre entraîne immédiatement une flambée des prix : le baril passe d’environ 13 dollars en septembre 1978 à 35 dollars en mai 1979, avant de dépasser les 40 dollars à l’automne de la même année. La situation se tend encore avec le déclenchement de la Guerre Iran-Irak (1980-1988), deux grands producteurs de pétrole du Moyen-Orient. Les perturbations du système de production provoquent de nouvelles variations du prix du baril, qui remonte jusqu’à environ 46 dollars après être redescendu autour de 26 dollars.
Cet épisode montre déjà à quel point la stabilité politique de l’Iran est déterminante pour le marché énergétique mondial. Aujourd’hui encore, dans un Moyen-Orient marqué par des tensions géopolitiques, le rôle de l’Iran reste central : toute crise ou confrontation dans la région peut influencer l’offre de pétrole et donc le coût du carburant pour nos foyers.
Aujourd’hui, après moins de deux semaines d’affrontements, le prix du pétrole brut a déjà atteint 88 dollars, le pic le plus important depuis un an et demi.


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