(Paul Ravenel) L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur a été signé ce samedi 17 janvier à Asunción, au Paraguay. Une victoire diplomatique pour Bruxelles, mais loin d’apaiser la colère des agriculteurs européens. Mardi 20 janvier, plus de 700 tracteurs sont attendus devant le Parlement européen à Strasbourg.

Plus de 25 ans après le début des négociations, le feuilleton touche officiellement à sa fin. Les pourparlers avaient débuté en 1999, à la suite du traité d’Asunción qui avait fondé le Mercosur entre l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. En 2024, la Bolivie a également rejoint le bloc sud-américain, renforçant encore son poids économique.

Cette signature marque un tournant commercial majeur, avec des effets contrastés. Pour l’Union européenne, l’accord doit faciliter l’exportation vers l’Amérique du Sud de voitures, de vins et de produits laitiers. En contrepartie, il ouvre davantage le marché européen au bœuf, à la volaille, au sucre, au riz, au miel et au soja sud-américains.

Un quota de 99 000 tonnes de viande bovine pourra être importé à droits de douane réduits, soit environ 1,6 % de la production européenne. Une quantité dérisoire malgré les peurs des éleveurs français.

Parmi les gagnants potentiels figurent les viticulteurs et les producteurs laitiers européens. Le Mercosur s’engage notamment à reconnaître les labels européens tels que les AOP et AOC, interdisant aux producteurs sud-américains d’utiliser des appellations protégées comme « vin de Bordeaux ». Selon certaines estimations, les exportations européennes vers le Mercosur pourraient augmenter de près de 40 % d’ici 2040.

Les éleveurs restent en colère

À l’inverse, les éleveurs apparaissent comme les grands perdants de cet accord. Même si le quota de viande importée reste faible, il concerne surtout des morceaux à forte valeur ajoutée comme le faux-filet ou le rumsteak, fragilisant encore davantage leurs marges déjà réduites.
Malgré la signature du traité, la contestation ne faiblit pas. Les mobilisations agricoles engagées depuis deux ans se poursuivent et s’intensifient.

Mardi 20 janvier, près d’un millier de tracteurs sont attendus à partir de 12h devant le Parlement européen, selon la FDSEA. Dès 8h, des agriculteurs de la Coordination rurale venus de tout le Grand Est commenceront des rassemblements à pied. Des perturbations de circulation sont prévues dès 6h du matin, notamment sur les axes périphériques menant à Strasbourg.

Les tracteurs devraient rester stationnés jusqu’à mercredi après-midi, afin de maintenir la pression sur les eurodéputés, qui doivent débattre ce même jour d’une éventuelle saisine de la Cour de justice de l’Union européenne sur l’accord.

Mobilisation du lundi 24 novembre 2025 devant le Parlement européen
Crédits photo: Vivien Conraux

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