Malgré une énorme opposition citoyenne et les alertes répétées des scientifiques, le chantier de l’autoroute Castres-Toulouse a reçu un nouveau feu vert de la justice le lundi 30 décembre 2025. Entre mépris de la nature, vies brisées et argent public gaspillé, le projet de l’A69 tient toutes ses promesses.

Le 30 décembre 2025, alors que les Français s’apprêtaient à fêter la nouvelle année, la justice rendait son verdict. La cour d’appel de Toulouse a autorisé la reprise du chantier de l’autoroute A69 reliant Castres à Toulouse, après avoir balayé toutes les conclusions rendues par le tribunal en février dernier. Pour le constructeur et futur concessionnaire Atosca, la voie est donc libre pour couler les derniers kilomètres de goudron. Mais cette décision, qui ressemble à une victoire pour l’entreprise, n’est pas au goût de tout le monde dans le Tarn. En autorisant la reprise des travaux, les autorités valident la destruction de centaines d’hectares de terres agricoles et d’espaces naturels, un véritable bras d’honneur aux études faites concernant les risques écologiques du projet ainsi qu’aux alternatives plus sobres qui auraient pu épargner le territoire.

Des vies broyées et des terres sacrifiées

Derrière les tracés froids des ingénieurs se cachent des drames humains que les communiqués officiels se gardent bien d’aborder. Le scandale de l’A69, c’est d’abord celui de ces familles arrachées à leurs racines. Des agriculteurs ont vu des terres exploitées depuis des générations être morcelées par le ruban de béton. Parmi les 820 habitants expropriés, le témoignage d’Alexandra, une jeune femme qui a vécu pendant onze ans à Verfeil sur le passage de la future A69, est devenu le symbole de la lutte contre le projet.

C’est en décembre 2021 que la mère de famille apprend qu’elle a un an pour quitter sa maison avec son compagnon et son fils. Elle entame alors une bataille juridique interminable pour sauver son domaine. Au cours de cette période, elle reçoit des pressions constantes et est constamment surveillée. Son terrain devient alors une zone d’affrontement entre forces de l’ordre et militants écologistes qui investissent le domaine pour en protéger la biodiversité.

Mais Alexandra cède finalement en septembre 2024. « Ils nous ont menacés de nous forcer à payer les arriérés de loyer si on ne prenait pas le bail en HLM » a-t-elle déclaré à Radio France, après avoir accepté à contre-cœur une proposition de relogement temporaire dans un appartement, bien étroit à côté de son ancienne maison. À l’image d’Alexandra, ces personnes dépossédées de leurs logements ne sont pas seulement des statistiques, ce sont les victimes collatérales d’une vision de l’aménagement du territoire qui privilégie la rentabilité à la survie de l’environnement. Le Conseil National de la Protection de la Nature avait d’ailleurs émis un avis défavorable, qualifiant le dossier d’insuffisant, mais en vain. L’impact écologique, lui, sera catastrophique. Pour gagner à peine douze minutes sur un trajet Castres-Toulouse, le projet sacrifie des arbres centenaires et fragilise des écosystèmes qu’aucune mesure de compensation ne remplacera jamais.

Un modèle économique à sens unique

Au-delà du désastre environnemental, l’A69 sera l’une des routes les plus chères de France pour l’usager, avec un péage à environ sept euros pour un aller simple. Une infrastructure réservée à ceux qui peuvent payer, et qui laissera les autres emprunter les routes secondaires.

Aperçu du tracé de l’A69. Crédit photo : Triton/Wikimedia Commons, CC-BY-4.0

L’argument du désenclavement, brandi par les soutiens du projet peine à masquer l’absence d’études sérieuses prouvant un réel bénéfice pour l’emploi local. Selon une analyse publiée par Contribuables Associés en mai 2025, si la fréquentation n’est pas suffisante, la facture risque une fois de plus de retomber lourdement sur les citoyens par le biais des impôts, qu’ils soient usagers de l’autoroute ou non.

Ce passage en force s’est accompagné d’une répression inquiétante. Les manifestations ont été systématiquement accueillies par un dispositif policier jugé disproportionné. Le rassemblement de Puylaurens en juin 2024, qui a réuni plus de 5 000 personnes, a été confronté à 1 600 policiers et gendarmes venus protéger des engins de chantier contre des citoyens désarmés. Grenades de désencerclement, gaz lacrymogène et tirs de LBD… plus de 40 blessés parmi les manifestants selon le média La Relève et La Peste. Une volonté affichée d’étouffer la contestation et un terrible message envoyé à la jeunesse : quand l’argent s’en mêle, l’avenir vaut moins que quelques kilomètres d’asphalte.

Profit 1 – Démocratie 0

L’achèvement de l’A69 prévu pour fin 2026 ne marquera pas la fin de la lutte, mais le début d’un long regret collectif. Ce chantier restera dans les esprits comme une preuve du fossé immense entre les politiques et les aspirations du peuple. Il aura été le théâtre d’un déni démocratique majeur, où l’avis des scientifiques et la volonté d’un partie de la population auront été piétinés.

À une époque où nous contemplons déjà les conséquences dramatiques de l’activité humaine sur notre environnement, investir des centaines de millions d’euros dans la construction d’infrastructures routières ressemble à une mauvaise blague. Pourtant la justice s’est placée du côté du projet d’autoroute. Il restera donc greffé à cette terre qui ne lui survivra pas, défigurant une région qui brille par son environnement.

En choisissant le bitume contre le vivant, l’État a peut-être gagné une soixantaine de kilomètres d’autoroute, mais il a perdu en chemin quelque chose de bien plus précieux. Il a laissé derrière lui, toute crédibilité sur le plan climatique et toute légitimité auprès d’une génération qui refuse de mourir asphyxiée.

PESENTI Raphaël

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