Présenté par la fondation René Cassin, la conférence « La sécurité des journalistes en période électorale » a réuni plus de 400 personnes sur place et en visioconférence ce vendredi 7 novembre. Des témoignages mais aussi des échanges pour connaître la réalité du terrain mais aussi ses enjeux.

« Il n’y a pas de média indépendant en Iran ». Ce sont les mots de Ali Ameri. Après une introduction d’Arthur Quattrochi, membre de la fondation René Cassin, c’était au journaliste iranien Ali Ameri de se présenter sur scène. Journaliste mais aussi traducteur, il a dû quitter son pays et sa ville, Téhéran, pour se réfugier en France à cause de son travail. En Iran, les journalistes sont liés au gouvernement. Si ce n’est pas le cas, ils sont marginalisés et leur travail devient tout de suite plus difficile. « Toujours à la limite », c’est comme ça qu’Ali décrivait son travail à Téhéran. Jamais dans les cases mais toujours dans la vérité, Ali développait un « tricky business ». Intimidations, traques, menaces, tout est bon pour décrédibiliser et décourager les journalistes indépendants, ou du moins ceux qui ne veulent pas aller dans le sens du régime. Cela peut même aller jusqu’au blacklist, ce qui est arrivé en Iran à Ali Ameri. « C’est assez commun ». Une censure qui ne l’empêchait non seulement d’écrire et de faire paraître ses travaux mais aussi de trouver d’autres jobs similaires. « Personne ne prend le risque de t’embaucher », voilà le constat qu’il a fait. Tout est là pour forcer ces travailleurs, ces lanceurs d’alertes à changer de voies pour se retrouver taxi, plombier, etc. Son choix était simple : partir ou finir en prison.
Alors qu’il a encore de la famille à Téhéran, il prend la décision de quitter le pays pour se retrouver en France, où il vit désormais mais sans statut de réfugié. Lui qui a été au plus près du danger en Iran, il a fini son témoignage en exposant ses propositions pour un métier plus sûre. Parmi elles, un statut de réfugiés pour les journalistes étrangers qui, comme lui, ont quitté leur pays. Un statut qui leur permettrait surtout de ne pas retourner là où il était, en danger.

Le journalisme d’investigation, un métier tout sauf tranquille
Dangereuse, c’est exactement comment on peut décrire l’enquête sur la mafia italienne de Kai Littmann. En 2023, il s’est rendu 6 fois en Italie pour rencontrer Rosario Leo, un entrepreneur dans les gazoducs qui a refusé de payer la mafia. Son témoignage aurait fait preuve pour faire tomber « il sistema », comme appelé en Italie. Ce système lit les hautes instances du gouvernement et de la justice avec le crime organisé. Un lien qui laisse d’un côté la mafia travailler en toute impunité et peut de l’autre, laisser toute crasse possible de la part des politiciens et magistrats, juges.
Bien qu’il se s’y soit rendu la moitié du temps en équipe, ses voyages n’ont jamais été de tout repos. Appels étranges, sabotages et même cambriolages, tout est bon pour faire pression sur lui et son équipe. C’était sans compter sur Kai Littmann qui lui voyait ça comme de « l’adrénaline pure ». Il est donc allé au bout de son investigation mais là où il est désolé, c’est en apportant les preuves à différentes instances à l’échelle européenne. Aucune ne veut prendre le dossier, lui se frustrant du manque d’intérêt malgré les nombreuses preuves. Après ces refus, il a proposé un dossier avec les 11 articles d’écrits sur l’affaire en 4 langues différentes. Encore une fois, aucune réponse sur la cinquantaine de médias contactés. Il a encore subi, de retour en France des intimidations pour que ces articles ne paraissent pas. Il les a alors publiés sur Eurojournalist.
Concernant ses propositions pour un métier plus sûre, il milite pour la création d’une carte de presse européenne, et accessibles aux nouveaux journalistes, pas qu’avec un CDI dans une grande rédaction. Le journaliste indépendant n’a que peu de pouvoir sans sa carte presse, comparé aux grandes rédactions dont la simple carte leur octroi beaucoup plus de liberté.
Vient ensuite Aïcha Diarra, journaliste d’investigation en Côte d’Ivoire mais aussi chaire d’excellence à la fondation René Cassin. Elle exprime son quotidien dans le Nord-Est de la Côte d’Ivoire, à la frontière avec le Burkina Faso. « Ça donne le sourire », c’est comme cela qu’elle voit une investigation menait à son terme en toute sécurité, ce qui n’est malheureusement pas le cas partout. Pour elle, une enquête comme elle les fait n’est pas qu’un simple article, des simples informations glanées. Ce sont de véritables moyens d’éclaire la population avec des preuves tangibles, d’écouter les communautés et de gagner leur confiance en disant la vérité. C’est dans ce principe qu’elle présente le projet R4P. Ce projet vise à redorer l’image du journalisme dans els pays d’Afrique, pour l’instant en Côte d’Ivoire avec diverses actions. Déjà, sélectionner des journalistes présents dans des communautés, qui ont déjà leur confiance afin de plus facilement travailler. Car même en Côte d’Ivoire, les menaces et les intimidations sont le quotidien de ceux qui veulent la vérité, une vérité qui peut déranger les populations.
A travers des soutiens financiers et psychologique, le projet R4P permer de regrouper les journalistes, pour ne plus être seul face aux pressions. Supervisé par 3 grands journalistes de Côte d’Ivoire, il vise une approche éthique et éditoriale qui favorise le journalisme de solutions et les écoutes communautaires pour être au plus proche des populations. Une confiance mutuelle qui se développe et une crédibilité pour le journaliste et le métier qui s’en trouve renforcée.

Une situation mondiale en baisse
Une crédibilité qui n’est pas toujours bonne dans tous les pays. En plus de la sécurité, c’est ce pourquoi Reporters Sans Frontières (RSF) se bat. Anne Bocandé, directrice éditoriale chez RSF, nous a fait le point sur toutes les tensions et les dangrs qui pouvaient exister avec le métier de journaliste. Après une année 2025 marqué par les conflits armés, l’année 2026 s’annonce encore plus compliqué. Avec 55 pays qui feront face à une élection, soit presque 1 tiers du monde, c’est la sécurité et le travail de tous ces journalistes qui seront en péril.
En période électorale encore plus, les violences de tout types se banalisent : physiques (agressions), numérique (deepfakes) ou encore psychologiques (pressions). Tout est bon pour lutter pour son parti favori, quitte à délaisser le respect de l’information juste. RSF, qui évalue la liberté de la presse dans plus de 180 pays, alerte sur la sécurité de la presse. Pour la première fois de l’histoire, la moyenne dans le monde est jugée « difficile ». Un pas a été franchi et pas dans la bonne direction.

Le métier de journaliste n’a jamais été aussi décrié. Sa sécurité et sa liberté s’en retrouve bafoué, comme l’information. Les populations ne veulent plus de journalistes, mais des communiquant pour leurs pensées. A l’aube d’une année 2026 avec des élections électorales à Strasbourg, la liberté de la presse et de l’information est plus que jamais en danger.

Raphaël Pesenti et Paul Ravenel

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